13 avril 2023, vers 8 h 20, dans l’antichambre du four crématoire où se consumera le corps de mon père.
J’ai activé la fonction dictaphone de mon cellulaire. Je prends des photos. Je veux tout capter : les procédures et les phrases, l’environnement matériel, sonore, la température du four, les durées, la vitesse du vent, les noms des oiseaux et des insectes. On accepte de me montrer ce qui reste des ossements et de nommer devant ma caméra ceux qu’on peut reconnaître. Je tente sans succès de les soustraire à l’étape du broyeur, qui transforme les fragments d’os en cendres fines et abstraites.
Le texte raconte les quelque trois heures que durera le processus de crémation. Et il emprunte à la mémoire de Harry Horace, fait entendre sa voix, revenant par bribes sur soixante-dix-neuf ans de vie.
Je suis Harry Horace.